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Le Truel - Centre Catholique Universitaire Montpellier Nord

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Le site de l'aumônerie des Etudiants du Truel à Montpellier sur la paroisse Sainte Bernadette Le Centre Catholique Universitaire (CCU) Le Truel est affilié à la Mission Etudiante Catholique de France.

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Un pape, un rabbin et un imam

Elles sont précieuses et rares les circonstances dans lesquelles il est donné, presque physiquement, de saisir le sens de certains mots. Le voyage de Benoît XVI en Israël et en Jordanie nous a donné l'occasion à saisir pleinement la portée d’un des éléments attribué au Pape: "Pontife", concepteur et constructeur de ponts. Ce n’est pas une tâche facile parce que, pour poursuivre la métaphore, il faut bien connaître le terrain des deux berges qui veulent se joindre, les matériaux utilisés, les personnes engagées ; il faut être en mesure d'attendre et d'oser, construire les soutiens provisoires et remédier à des difficultés imprévues. Tous problèmes qui ne peuvent que s'aggraver lorsque, comme c’est le cas au Moyen-Orient, les berges ne sont pas deux, mais trois, et quand, depuis des siècles, sinon en conflit, du moins en affrontement constant.

 


C'est précisément cette mission de "pontife" qui a animé les jours, réunions, paroles et gestes de Benoît XVI en Terre sainte. La connaissance des problèmes, une écoute attentive de la réalité concrète, la prise de conscience de la difficulté de la mission combinée avec une fermeté sage ont fait que le pape n'a cédé à aucune pression politique et il s’est montré, à tout moment, comme un véritable défenseur de la paix : le calendrier des événements et les termes des discours, ne sont pas dictés par des pressions extérieures, parce que le successeur de Pierre n'a pas oublié que, si certaines de ses paroles ont pu déplaire à quelques uns, les paroles de Jésus: "Heureux êtes-vous lorsque l’on dit du mal de vous". Aussi, les critiques et les reproches n’ont pas manqué à son égard, mais ces diatribes semblent mises en place par un climat de méfiance et d'incompréhension qui empêche de nombreuses personnes à reconnaître le désir sincère de paix et de réconciliation qui anime le pape…

 

En fait, les fortes paroles du Pape sur les douloureux problèmes qui affligent cette région du monde n’ont pas manqué au cours des dernières années, mais les mots ont un poids différent, en fonction du lieu et du moment où ils sont prononcés. Ainsi, le "sens tragique" d'un mur vous apparaît pleinement quand on y est confronté, cette construction est l'antithèse physique des ponts, de la route qui relie l'homme avec son frère en humanité. Et si, devant le Mur occidental, le silence du pape s’est fait prière en solidarité avec l’Israël priant de tous les temps, devant le mur érigé par la main de l'homme contre d'autres hommes, ses mots demeurent un cri de douleur.

 

Même la mémoire de la Shoah reste gravée de façon indélébile dans les esprits et les cœurs quand - comme dans le musée de Yad Vashem – elle est accompagnée par la présence de "noms" de personnes qui évoquent la «j’accorderai dans ma maison et mes murailles - dit le Seigneur – une stèle porteuse du nom (Yad Vashem) ... Je leur donnerai un nom éternel qui ne sera jamais effacée » (Isaïe 56,5). Là, avec un discours d’un ton différent de celui de son prédécesseur Jean-Paul II, mais avec autant de clarté, il a fait mémoire d’une immense tragédie, avec «six millions de Juifs brutalement exterminés" de toutes les victimes de l'histoire « d’Abel le juste » jusqu’au dernier anonyme persécuté, torturé et tué. Pour tous il y a l'écho des paroles consolantes de l'Ecriture: "la miséricorde de Dieu, n'est pas finie, ni épuisée."

 

Mais la terre chère aux trois monothéismes est la gardienne d'une culture millénaire qui ne sépare pas les mots des gestes. Et ce sont aussi ces gestes qui ont été tissés le voyage de Benoît XVI, comme la montée vers le Mont Nébo pour contempler comme Moïse une terre «autre», toujours promise mais jamais en pleine propriété ; ou comme la mosquée d’Amman, respectueux d’un espace de prière qu’on ne peut pas partager mais qu’on peut accueillir dans le cœur. Comme également l’arrêt de recueillement et de prière devant le Mur occidental et Yad Vashem sont des gestes forts, maintenant assumés par l'Eglise catholique comme des «lieux» d'un dialogue dans la charité.

 

Mais le geste qui restera peut-être comme la pierre angulaire du pont jeté dans ce pèlerinage vient une fois de plus de l’inattendu, de la capacité à saisir les signes du temps et de le transformer en un événement qui demeure graver dans les yeux et le cœur : le pape, un rabbin et un imam se levant, se prenant par la main et unissant leur voix en demandant à Dieu, pour la totalité de l'assemblée - "Pax, Shalom, Salam!" - Maintenant, "l'Eglise catholique est engagée de manière irrévocable sur la voie choisie par le Concile Vatican II pour une réconciliation véritable et durable entre les chrétiens et les juifs», comme il est souhaitable de créer des «lieux, des oasis de paix et de méditation dans lesquelles la voix de Dieu peut à nouveau être entendue, où la vérité peut être découverte au cœur de la raison universelle. " La nécessité du dialogue interreligieux a été réaffirmé dans ce geste de la main tenue pour la prière pour la paix: "les chrétiens et les musulmans - a dit le pape -, doivent tous proclamer que Dieu existe, qu’on peut le connaître, que la terre est sa création ». Ce dialogue cherche une dimension "trilatérale" impliquant Juifs, Chrétiens et musulmans et il est décisif pour la recherche de la paix, pour permettre à chaque personne à vivre sa foi et à chaque communauté de croyants de témoigner de la pertinence de la foi à un monde indifférent à la présence d'un Dieu Créateur et Sauveur: ainsi on empêchera que les différences religieuses soient manipulées par le fondamentalisme religieux.

 

Dans l’entretien avec les journalistes dans l'avion du retour, Benoît XVI a réitéré "l'impression que dans tous les milieux - juifs, chrétiens et musulmans - il ya une volonté de dialogue interreligieux : pas une collaboration pour des raisons politiques, mais dictée par la foi. Croire que Dieu veut que nous soyons une seule famille humaine, fait que les moyens de dialogue et de coopération sont une exigence de la foi elle-même." Oui, ce voyage est réellement apparu comme un pèlerinage de foi incarnée dans l'aujourd'hui de l'histoire et la construction de ponts, le dialogue en en restant la clé la plus féconde.



Enzo Bianchi

Publié en italien dans La Stampa le 18 mai 2009

 

Publié le 19/05/2009 à 08h47 dans réflexions...

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