Galilée a parlé de l’existence de deux livres, celui de la nature, et celui des Ecritures. Ce dernier est inspiré par l’Esprit Saint ; l’autre le très fidèle exécuteur de la volonté divine. La nature suit inexorablement son propre cours que les hommes réussissent à en découvrir les lois ou qu’ils demeurent dans les ténèbres.
Depuis toujours, on a pu observer la régularité des jours, des phases de la lune, des saisons, des années. Pour ce qui est du ciel, tout apparaît comme mesurable et prévisible. Ainsi, on peut connaître avec précision, plusieurs décennies en avance, la date d’une éclipse solaire ou encore le passage visible d’une comète. Ceci n’est pas valable pour la terre sur laquelle nous marchons, dans laquelle nous fondons nos maisons.
Les statistiques et les indices géologiques nous préviennent que nous sommes dans une zone à risque, nous avertissent qu’un jour ou l’autre il y aura un séisme ; mais nous ne pouvons pas faire une prévision sûre. L’inégale répartition des richesses (ou de la pauvreté) sur notre planète fait qu’un séisme de même magnitude provoque selon les régions un nombre de victimes très différents.
Pour tout cela, c’est un fait que depuis toujours les tremblements de terre sont symboles de mort, non seulement pour leurs conséquences mais aussi pour leur côté imprévisible. Tous nous savons devoir mourir. Si nous savons tous que cela est un fait avéré, nul ne sait quand elle viendra nous saisir. La réalité la plus inéluctable, la mort, conserve en elle-même un côté imprévisible.
Dès lors, lorsque la réalité vue comme la plus solide, la terre, se met à trembler, le sentiment du provisoire empli tout, notre condition mortelle se manifeste pleinement. Cette terre qui nous unit semble nous trahir; en un instant, comme un caprice, elle renverse les fatigues d'une vie. Tout tremble, tout s’écroule. Cependant, nous ne pouvons pas en vouloir à la terre, elle n’est habitée d’aucune intention. On peut s’en prendre, à juste titre, à ceux qui était chargé de construire et qui ne l’ont pas fait selon les règles ; aux secours s’ils ont fait preuve d’inefficacité ; à ceux chargés de distribuer les aides et qui les auraient détournées ; et sans parler de tous ceux qui méritent le qualificatif odieux de pilleurs ! Aucune remontrance ne peut être adressée à la terre elle-même, son indifférence est l’autre aspect de notre précarité.
Depuis plus de deux mille ans c’est installé en Occident une espérance folle : les
morts ressuscitent. La terre n’est plus seulement le lieu qui accueille ceux qui ont cessé de vivre, elle est aussi le lieu qui les restitue. Vu par ceux qui sont sur terre, le tremblement est un
effondrement tandis que pour ceux qui sont au dessus ce même tremblement peut indiquer la sortie. Ainsi, le symbole de la mort se trouve renversé en son opposé. Vu des morts, le tremblement de
terre est gage de vie. Écrire ces affirmations met mal à l’aise. Qui marche encore sur la surface de la terre sait que le malheur qui a frappé ses propres frères humains est réel, il n’a rien de
symbolique. Cependant, ce n’est anodin si l’Evangile de Matthieu décrit la mort et la résurrection du Christ en des termes apocalyptiques, ni que son langage est celui du tremblement de
terre : « Mais Jésus de nouveau poussa un grand cri et remis son esprit. Alors, le voile du temple se déchira en deux de haut en bas, la terre trembla, les rochers se brisèrent, les
tombeaux s’ouvrirent et beaucoup de corps des saints qui étaient morts ressuscitèrent. Sortis de leurs tombeaux après la résurrection, ils entrèrent dans la cité sainte et furent vus par
beaucoup. » (Mt 27, 52) « Après le sabbat, au premier jour de la semaine, Marie de Magdala et l’autre Marie allèrent au tombeau. Et voici qu’il y eut un grand tremblement de terre. Un
ange du Seigneur, descendit du ciel, roula la pierre et vint s’assoir dessus. » (Mt 28, 1-2).
La mort et la résurrection de Jésus ne sont pas la réponse aux tremblements de terre qui frappent notre planète. Nul besoin de la mort et de la résurrection pour alimenter le sens de la solidarité né d’une commune résidence sur une terre solide, féconde, fragile et terrible. Jésus, mort et ressuscité atteste aux croyants une seule et radicale espérance : le dernier mot ne revient au tremblement de terre qui mettra fin à notre existence.
Traduit de "il pensiero della sttimana" de Piero Stefani
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