A l'approche des élections européennes de juin prochain, Mgr Christian
Kratz évêque auxiliaire de Strasbourg et délégué de la Conférence des Evêques de France auprès de la Commission des Episcopats de
la Communauté Européenne (COMECE) apportée son éclairage sur les enjeux de la construction européenne.
Mgr Kratz est intervenu en Assemblée plénière le jeudi 2 avril à Lourdes. « Je sens un intérêt très positif chez les évêques de France », se réjouit l'évêque auxiliaire à qui un certain nombre de demandes ont été faites pour prendre le temps d'un vrai débat lors de l'Assemblée plénière suivante. Une déclaration sera publiée prochainement et une rencontre entre évêques et députés européens pourraient avoir lieu à l'automne. « C'est une proposition de la COMECE mais aussi une attente de certains députés européens qui seraient heureux de pouvoir échanger avec des évêques quant à leur mission » explicite-t-il. Lui-même a d'ailleurs régulièrement des contacts avec les députés européens sur Strasbourg.
On retrouve aussi certaines préoccupations de l'Eglise en France dans les sujets d'actualité de la COMECE, comme la place du dimanche et la bioéthique. Même si, sur la bioéthique, Bruxelles ne peut émettre que des résolutions, celles-ci « façonnent les mentalités nationales » note Mgr Kratz.
L'Europe, une expérience de Pentecôte
Pour Mgr Kratz, la rencontre entre évêques, avec toutes les différences culturelles qu'elle implique, est le premier intérêt de la COMECE, née en 1980. Un autre est de
faire entendre la parole de l'Eglise dans l'enceinte européenne, au nom de sa vision de l'homme, de la Doctrine sociale de l'Eglise. « Cette instance est reconnue par la Commission
européenne, les députés européens, les hauts fonctionnaires. Nous sommes vraiment des interlocuteurs crédibles parce que nous nous entourons d'experts ».« Faire vivre l'Europe, non seulement comme un espace économique mais aussi une Europe des valeurs, une Europe des peuples » est l'esprit dont Mgr Kratz est témoin depuis le début de son mandat, il y a deux ans. Et de souligner l'idéal chrétien qui animait les pères fondateurs de l'Europe. Il voit dans la paix et la prospérité économique - « aujourd'hui chahutée » - les fruits de la construction européenne.
« Il y a une identité à construire, qui récapitule le meilleur de chaque peuple. Dans ma lecture de foi, je crois que cela a quelque chose à voir avec la Pentecôte. Tout ce qui va dans le sens de l'unité, du respect, de la connaissance et de la reconnaissance réciproques, c'est l'anti-Babel » conclut-il.
Une invitation à construire la maison Europe
« Construire la maison Europe ». C'est le titre de la Déclaration des évêques de la COMECE en vue des élections européennes des 4-7 juin 2009.
Son objectif est de « rendre attentifs l'Union Européenne et les députés européens à leur responsabilité » explique Mgr Kratz. Ainsi, le premier point qualifie les élections à venir « d'opportunité pour construire une Europe meilleure » et la construction européenne elle-même est considérée par les évêques comme un « projet d'espoir pour tous ses citoyens ».
« C'est une façon aussi de s'adresser aux électeurs » poursuit le délégué français qui encourage chacun à s'informer sur les programmes, à « défendre la vie et le bien commun ». « La participation des chrétiens est essentielle pour redécouvrir l' "âme de l'Europe" insiste la Déclaration dans un deuxième point intitulé : « La participation aux élections : un droit et une responsabilité ».
La troisième et dernière partie énumère les points de vigilance pour aller « dans le sens de la dignité humaine, de la solidarité, de la subsidiarité » précise encore Mgr Kratz. « Respecter la vie humaine », « soutenir la famille » et « promouvoir les droits sociaux » sont en tête de liste.
A la demande des évêques des pays de l'Est, la Déclaration se termine par une citation de Jean-Paul II, référence explicite aux valeurs chrétiennes qui sous-tendent ce message : « L'inspiration chrétienne peut transformer l'ensemble des composantes politiques, culturelles et économiques en une convivialité où tous les Européens se sentent chez eux » (Ecclesia in Europa, 121).
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M. Jean-Louis Borloo a partagé ses convictions et ses interrogations au
Responsable du groupe de travail, Mgr Pierre d'Ornellas,
«
Quel homme voulons-nous demain ? Quelle société construisons-nous pour demain ? Quelle place allons-nous accorder aux vulnérabilités dans une société de la performance avant tout ? » En
dialoguant avec les scientifiques Mgr Gérard Defois, membre du groupe de travail sur la bioéthique, a pleinement pris conscience que l'Eglise n'était pas la seule à porter ces interrogations. Il
a souligné dans son intervention les multiples rôles de la loi : protecteur (« pour placer les frontières »), dynamique (« ce vers quoi nous allons »), économique («
recherche de l'équilibre entre les intérêts des uns et des autres », culturel (« définir des repères d'humanité ») et social (« place du vulnérable ») mais aussi moral
et spirituel (« imposer le bien commun est une lutte permanente »).
Membre
du Conseil National d'Ethique, Xavier Lacroix a mis en avant deux points de vigilance de l'Eglise : l'unité de l'être humain (corps et esprit) et le principe de vulnérabilité (L'Eglise veut être
« la voix des sans voix » Jean-Paul II). Il en a dégagé deux enjeux : la cohérence de la filiation et le respect dû à l'embryon. Xavier Lacroix a rappelé que la naissance implique des
liens où le corporel, le social et l'affectif entrent en jeu. « L'enfant a besoin de grandir sur le roc d'une double filiation : paternelle et maternelle » a-t-il ajouté. «
L'intervention du législateur et de la société médicale doivent demeurer au service de la cohérence de ces liens ». « Une chose est de faire face aux situations telles qu'elles se
présentent, en offrant à l'adoption un enfant sans parents, une autre serait de prévoir délibérément la naissance d'un enfant privé de père ou porté par une femme autre que celle qui sera sa mère
ou ne rencontrant pas la différence sexuelle dans le couple adoptif ou éducateur » a-t-il distingué.
